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Bonjour !
Alors d’abord, protocole d’usage : je vous souhaite à toustes une très bonne année 2026. J’espère qu’elle sera pour vous pleine de beaux projets, de joies, d’accomplissements divers et variés. On sait déjà qu’elle sera aussi pleine d’anxiété (géo)politique et environnementale (et numérique, et universitaire, et matérielle, cochez vos cases), puisqu’on commence sur les chapeaux de roue : mon meilleur vœu, c’est qu’on arrive à trouver la force de résister à... ÇA, ce monstre global. De toutes les manières possibles, en s’organisant, en prévoyant, en apprenant à faire des choses, en s’entraidant ; mais donc, aussi, en parvenant à faire ce qu’on aime, avec les gens qu’on aime (pipou, oui, mais pragmatique).
Pour les nouvelles : rien de sensationnel, les choses ont continué leur train. J’ai participé à plusieurs colloques vraiment super. J’ai avancé sur de gros dossiers collectifs qui me tiennent énormément à cœur, dont je commencerai à parler au printemps. J’ai fini mon semestre d’enseignement, pendant lequel j’ai surtout eu à faire des introductions aux études de genre en littérature ; je suis un peu lasse (de produire des introductions à répétition), mais c’était une vraie joie renouvelée chaque semaine de retrouver les étudiant-es, de les entendre progresser dans leur propre réflexion, de parler littérature ensemble (j’ai adoré – merci aux étudiant-es d’être là). Côté personnel, je me suis mise à la course à pied, pour compléter le vélo. Le malheur a voulu que j’enchaîne les tendinites : mon kiné suppose que c’est en partie lié au poids de mon sac à dos hebdomadaire (vive la vie turbo). Alors, on y va très petit à petit, mais c’est très bien comme ça.
Le livre est bientôt sous presse, il paraîtra en librairie le 19 mars : édité par les belles Presses Universitaires de Lyon donc, sous le titre Engagées : littératures féministes en France et au Québec (1969-1985). D’ailleurs, je change le titre de la lettre d’informations (il en faut un !), parce qu’autrement tout s’appelait « Engagées » : un peu trop de redondance. Je vous gratifie désormais d’un titre absurde, en lien avec mes nouveaux projets de recherche de fond qui sont, de fait, grandement hors sol (je ris toute seule). Le 19 mars donc, save the date. Le livre paraîtra en même temps que celui de mon amie et collègue Valérie Favre, Virginia Woolf et ses petites sœurs. Un Lieu à soi et sa postérité, en même temps également qu’une réimpression du Chantier littéraire de Monique Wittig, dans la collection « Des deux sexes et autres ». Je vous en redonnerai des nouvelles bientôt.
Une parution que j’attendais depuis fort longtemps ! Le numéro coordonné par Nicolas Aude et Danielle Perrot-Corpet : « Penser queer en français : littérature, politique, épistémologie ». Je vous le recommande : l’introduction pose les enjeux en nuances, sans minimiser – au contraire, c’est une grosse partie du sujet – la question d’un écart entre usages littéraires du terme « queer » et définitions politiques, entre dilutions et, au contraire, affirmations militantes et théoriques. Beaucoup d’articles sont passionnants et le numéro d’Acta associé vaut aussi le détour, notamment, à mon avis, pour les recensions de Léo Le Dourion et Pierre Niedergang (pour le reste aussi certainement, je n’ai pas tout lu !).
Quant à moi, j’y ai publié un article sur la notion de bisexualité chez Hélène Cixous. Pourquoi « queer » ? Parce que l’autrice revendique, d’une certaine manière, le terme : sa Méduse est queer, dit-elle. Personnellement, comme féministe engagée sur les questions LGBT/queer justement, j’en doute ou, surtout, je me demande comment c’est vraiment possible : je ne connais pas Cixous comme militante de ces questions, plutôt le contraire. Mais a minima, je me dis qu’il est en effet possible de comprendre quelque chose du côté de la bisexualité, notion qu’elle a développée comme véritable concept. Alors voilà le fruit de mon interrogation, universitaire et théorique ici : à quelles conditions peut-on parler de queerité ? Et au-delà : comment utilise-t-on la notion « queer » en études littéraires ? Quelles histoires convoquent-on, quelles positions ? Est-ce la même chose en politique, en sociologie, en littérature ? En anglais, en français ? C’est un article que je considère être un des plus importants que j’aie écrits pour le moment, à la fois tout court (pour les questions de généalogies du différentialisme qu’il pose) et pour moi de manière plus personnelle (j’ai beaucoup travaillé jusque-là sur le lesbianisme en littérature : me pencher aussi sur la question de la bisexualité m’importait). Ce n’est pas, en revanche, le plus facile à lire : je préviens, il est dense.
En 2010, à l’occasion de la réédition de son article « Le rire de la Méduse », Hélène Cixous nomme Méduse « [u]ne queer […], la queen des queers. » Cet article propose un examen critique de cette proposition, problématisé à partir du concept de bisexualité travaillé par la même autrice : la notion est l’une de ses grandes « championnes » théoriques. La bisexualité est comprise chez Cixous comme un concept complexe et multiple, à la fois érotique, identitaire, philosophique, politique et littéraire. Il est orienté par des partis pris différentialistes, tout en étant foncièrement antinormatif ; il se place (tout) contre les engagements féministes et lesbiens de son époque, témoignant à sa manière d’une tension qui a constitué une partie de l’histoire des théories « queers ».
J’en profite pour signaler la publication, cet été, sur le site de l’association des Ami-es de Monique Wittig, de la transcription numérique du numéro spécial Wittig édité par la revue Vlasta en 1985. C’était un gros travail, qui m’a bien occupée. Il y a notamment cet article d’Hélène Vivienne Wenzel qui évoque la « bisexualité métaphorique » de Cixous au détour d’une phrase, pour lui opposer le lesbianisme radical de Wittig.
👉 À lire sur le site des Études wittigiennes
Parmi les autres publications personnelles, une contribution au volume, que vous avez peut-être vu passer, Théories féministes (dirigé par Camille Froidevaux-Metterie). Somme vraiment magnifique. Ma contribution est très modeste pour le coup, mais elle joue un rôle de revalorisation d’une (du moins trop souvent) « oubliée » : adossé au texte de Julie Abbou et Noémie Marignier sur « Le langage comme espace critique », mon texte présente L’Euguélionne de Louky Bersianik, une œuvre d’importance majeure pour comprendre le féminisme littéraire des années 1970, pionnière pour ce qui concerne la féminisation de la langue française. Je vous copie-colle un bout de ma citation préférée :
— Pourquoi demander la permission à l’Académie française ? dit l’Euguélionne. [...] Les membres de cette auguste assemblée sont impuissants totalement à changer un iota de cette syntaxe et de cette sémantique. Car les femmes qui composent ladite assemblée, passez-moi l’expression, sont rares comme de la merde de pape et surtout incroyablement effacées. [...] N’attendez plus de permission pour agir, parler et écrire comme vous l’entendez. / Faites des fautes volontairement pour rétablir l’équilibre des sexes. Inventez la forme neutre, assouplissez la grammaire, détournez l’orthographe, retournez la situation à votre avantage, implantez un nouveau style, de nouvelles tournures de phrases, contournez les difficultés, dérogez aux genres littéraires, faites-les sauter tout bonnement.
Je signale également la parution, dans l’Encyclopædia Universalis, d’un article synthétique de présentation des enjeux « Genre et littérature ». Il est pensé surtout pour les étudiant-es, ou pour les enseignant-es ayant à prendre en charge une introduction, et il est centré sur des références majoritairement francophones (là aussi, pour les besoins de l’enseignement... en français). L’accès est payant, mais dites-moi si vous voulez que je vous envoie le pdf.
👉 À lire sur UniversalisIl se trouve que la bisexualité est un sujet d’actualité : il y a le livre de Camille Teste, Embrasser la bisexualité, tout juste paru, le recueil de traductions depuis l’Argentine Bisexualités féministes. Contre-récits depuis une dissidence située, et le livre de Stéphanie Ouillon. Je n’ai pas encore pu lire les ouvrages en question, mais je recommande de toute façon celui de Stéphanie Ouillon, dont je suivais depuis longtemps « la newsletter bie », toujours très intéressante, notamment parce que justement, elle aborde le sujet très loin d’une manière « métaphorique », avec un prisme plutôt matérialiste dont je me sens proche. Quelle bisexualité radicale ? Sur les traces de la bisexualité politique en France.
Rarement reconnue et pourtant bien présente : depuis son émergence en tant que catégorie sexuelle, la bisexualité a tour à tour été invoquée, invisibilisée et discréditée dans les discours médicaux, sociaux et politiques. Quelle bisexualité radicale ? explore les traces laissées par les bisexuel·les et la bisexualité dans le contexte politique et militant radical français. Des prémices du mouvement de libération homosexuel à la fin des années 1960, en passant par les luttes féministes et jusqu’à l’émergence du milieu transpédégouine au début des années 2000, cet essai éclaire comment les bisexuel-les et la bisexualité ont habité les mouvements politiques radicaux en France.
Le sujet de l’écoféminisme (et associés) est brûlant aussi ; proche de mes intérêts de recherche immédiats, je signale la parution du volume de Laure Saincotille, Écoféminismes. Savoirs contre-nature, qui suit de peu celle du collectif dirigé par Pauline Launay, Françoise d’Eaubonne. Causes communes (le second tome paraîtra bientôt). Il y aussi, plutôt du côté philosophie, Zones. Terre, sexe et science-fiction, de Jeanne Ételain. Celui-là, je ne l’ai pas lu encore, mais j’ai grand hâte. En vraiment lu et certainement recommandable, je citerais aussi le Remember Fessenheim, de David Dufresne, une enquête sur l’engagement politique de sa grand-mère – c’est connu maintenant – Françoise d’Eaubonne. Le livre est touchant, l’enquête sérieuse et vraiment intéressante, pour connaître d’Eaubonne c’est parfait, pour trouver du courage politique et de l’« inspiration », encore mieux. J’ai particulièrement aimé l’attention portée – c’est signé – à l’action politique de terrain, à ses enjeux et contradictions, notamment après la période que tout le monde connaît le mieux, celle des années 1970. Un malus pour la citation sans recul d’une certaine MJB un peu trop violemment transphobe par contre, mais cela se justifie pour des raisons biographiques.
« Cours ma sœur, le vieux monde mâle explose derrière toi... » [...] C’était une activiste exceptionnelle, en lutte partout, dans les rues et avec sa machine à écrire [...] l’auteur cite les notes blanches des services, les journaux intimes inédits de sa grand-mère, les interviews renversantes à Apostrophes, il va sur le terrain, raconte, échange, s’interroge, révèle et rend ainsi vie et force à l’inoubliable combattante.
Parmi les parutions universitaires, il y a l’important numéro dirigé par Jean-Christophe Abramovici, Marion Bonneau et Carla Robison, « Écrire, prescrire : l’invention du corps féminin » dans Littérature (n° 219), également disponible sur Cairn.
Il y a aussi le numéro 54 de la revue Études littéraires, dirigé par Nicolas Duriau et Lucie Nizard, « Non-dit(s) du genre et de la sexualité dans le roman d’expression française au XIXe siècle », à lire sur la plateforme Érudit.
Je signale aussi la nouvelle revue Les Mains invisibles, dirigée par Alix Kazubek et Victoria Rimbert, qui est prometteuse. Elle a son propre site, Les Mains invisibles.
Et pour finir, plutôt du côté de la critique littéraire, je voudrais mentionner le dossier consacré à Ursula Le Guin, « Ursula K. Le Guin : une écrivaine pour le XXIe siècle ».
Au sein de la science-fiction et de la fantasy, comme dans la littérature générale, nombre d’écrivain(e)s revendiquent aujourd’hui son influence. La parution de Searoad, dernier de ses romans non traduit en français, est l’occasion de faire le point sur une œuvre aux multiples facettes, terriblement actuelles.
Je vais prêcher pour ma paroisse, mais parmi les séminaires qu’il faut absolument suivre en 2026, se trouve le séminaire pour un chantier littéraire (wittigien). Il se tient une fois par mois, principalement au format atelier (mais aussi conférences). La prochaine séance est le mercredi 14 janvier, à 18h (heure de Paris), toujours intégralement en visio. Nous avons passé du temps, cet été, à mettre au propre les séance de la saison précédente : vous pouvez juger sur pièce, c’est un séminaire où il se passe des choses, où l’on lit Wittig vraiment en détails.
👉 Vous pouvez parcourir les notes de l’année passée
👉 Pour le calendrier et le lien de connexion, c’est ici
À suivre, mais plutôt comme un maxi tuto cette fois, le Guide pratique d’artisanat numérique à l’Université, tout juste publié par Christophe Masutti. « Il s’adresse aux étudiants et enseignants-chercheurs qui souhaitent progresser dans la maîtrise d’une chaîne de production numérique, de la prise de notes à la production d’un cours, d’un article, d’un rapport, d’une thèse, ou d’un livre. » Le mot-clé est bien artisanat : ça se bricole à la main. C’est vrai, à la main, c’est plus dur, c’est un apprentissage : mais ça vaut mieux que la fausse magie de Microsoft et Google (vous avez vu l’actualité des États-Unis ?). Le programme, je le cite depuis le menu qui se déroule chapitre par chapitre : Introduction : se libérer ; Changer le système ; À la recherche de la chaîne de production ; Écrire en Markdown ; Un Terminal pour piloter votre système ; Convertir avec Pandoc ; Choisir son atelier d’écriture ; Zettlr, Pandoc, Zotero ; Et les autres logiciels ; La production de PDF ; Synchronisation et stockage distant ; Utilitaires et services ; Zettlr : astuces ; Zotero : les notes.
👉 C’est à découvrir directement sur le site frama du guide.
Voilà ! Rien de plus pour le moment, c’est déjà beaucoup. La prochaine fois, je parle du livre et probablement d’au moins un des autres gros dossiers de recherche en cours, celui sur les grands corpus. À la prochaine !
Aurore.